TOUCHER DU DOIGT LA PURULENCE CONGOLAISE

TOUCHER DU DOIGT LA PURULENCE CONGOLAISE
Par les arts et la culture ou par n'importe quel autre médium il faut strictement le faire : toucher du doigt la purulence congolaise. L'expression n'est pas de moi, vous pouvez dormir en douce. Tous ceux qui viennent de là bas disent la meme chose : ça pue chez nous, ça pue tout doucement, et le monde alentour ne s'en rend pas compte, ça pue tristement et les gens continuent à danser, à défequer, à faire des enfants qui finiront par puer eux aussi.

Par purulence, c'est à dire tout ce qui nous rend la vie impossible : délestage intempestifs d'électricité, coupure d'eau, retards de salaire. L'un des rares coins où on se croirait encore au Moyen age, meme le Burkina Faso fait actuellement mieux. Le dernier compte rendu des ministres du 30 avril dernier peut nous en dire un brin : après 40 ans de vie notre république souffre des memes maux :

Gabegie dans la gestion des fonds remis aux entreprises
Gabegie dans la gestion du parc véhicules
Construction anarchique des villas par les sbires duy pouvoirs


Les memes maux depuis que je suis tout petit. La meme purulence. Il faut la toucher du doigt. Ne pas en avoir peur. Je sais : on en parle sous toutes les formes. Mais ce n'est jamais assez. Certes un tel discours peut paraitre aux yeux de certains oisif voire inutile. Mais je reste convaincu que parler est un acte révolutionaire. Parler peut changer des choses et les etres quand les paroles sont chargées et tombent dans les oreilles des gens qui veilllent. Dormons-nous ? Ne dormons-nous pas ?

Voici une autre purulence sonnante et trébuchante : Okombi SALISSA, ministre de son état s'est vu piquer un petit milliard de FCFA du coté de Lékana, dans la région des plateaux.. Rumeur ou vérité ? De Brazza à Paris on en a parlé - on en parle encore - jusques dans les petits ngandas enfuis au fond caves de Chateau Rouge. Un milliard de francs Cfa ! C'est lourd, ça pèse. Il fauit du temps pour économiser une somme pareille. Comment ça se fait qu'elle se retrouve comme ça sans crier gare dans les culottes d'un ex diplomé sans emplois nommé au poste de ministre il y a pas si longtemps ?
# Posté le jeudi 08 mai 2008 12:57
Modifié le mardi 20 mai 2008 12:28

ZU LUKAYA, UNE GRANDE VOIX AU DELA DES VOIES DE SABLE

ZU LUKAYA, UNE GRANDE VOIX AU DELA DES VOIES DE SABLE
Voilà : un ami, un frère de case. Nous avons arpenté les memes sentiers là bas du coté de Mavoula, autre fois quand le metier de comédien était pris comme une sorte de passoire, pensez aujourd'hui les choses ont sans doute changé. On respire mieux. On parle mieux. On n'a moins la langue de bois comme autre fois. C'était pire, je vous jure.

Maintenant écoutez le :
Mesdames et Messieurs les voyageurs, les esprits du royaume de mes ancêtres par ma bouche vous remercient d'être venus au rendez-vous de notre voyage. Nous allons voyager ! Nous allons voyager ! Nous allons voyager vers le royaume de la Mémoire de mes ancêtres ! Avant de commencer notre voyage, permettez que je me présente : Zu Lukaya. Un nom, une histoire, un événement, un conte, une vie !

Zu Lukaya, descendant de la famille des conteurs et conteuses venus des lointaines terres de Koongo Dia Ntotela ! Conteur Nomade de la Terre ! Homme Caméléon ! Écoute ! Peuple venu de tous les coins de la terre, écoute la voix de mes ancêtres ! Écoute la sagesse de la forêt puissante de Mbangu ! Écoute la sagesse des peuples de la forêt puissante du Mayombe !

Écoute la sagesse des peuples Téké, puissants peuples à la tradition inépuisable ! Écoute le souffle de mes ancêtres Koongo ! Notre pirogue va bientôt quitter le rivage pour un long voyage. Les esprits du royaume de mes ancêtres exigent un pacte. Quand je dirai : «Wa !» Vous n'avez qu'à répondre : « Zu !»

ZULUKAYA, se traduit par « La parole et la feuille » en langue Koongo. Originaire de Pointe-Noire dans le Kouilou (République du Congo), c'est par un simple hasard que ZU LUKAYA est né sur la terre que l'humanité nommera « Koongo, puis Congo ». Descendant des Féticheurs et Voyants, Chanteurs et Chanteuses, Conteurs, Conteuses, et Danseurs, venus de lointaines terres de Koongo Dia Totela
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# Posté le mardi 01 avril 2008 05:03
Modifié le lundi 19 mai 2008 04:26

GEORGES MBOUSSI EST SUR LA BRAISE

GEORGES MBOUSSI EST SUR LA BRAISE
La Cie Zenga - Zenga - troupe est composée de 10 artistes-interprètes originaires de Brazzaville / République du Congo - une pièce congolo - congolaise écrite par Henri Njombo et mise en scène par Georges Mboussi.

Un théâtre de vérité...

Niamo, un jeune cadre frais, sortis de l'institut des sciences économiques de Bocaville, la capitale du Boniko, est victime d'un cannibalisme bureaucratique alors qu'il fait ses premiers pas dans l'administration de son pays. Détourné de son poste de chef d'entreprise, il s'enfonce dans un univers tissé de passions de toutes sortes, de violence gratuite, mais aussi de plaisirs fous et de joies éphémères.

Ce jeune cadre prônant la justice, le savoir-faire au sein de son entreprise est chassé de son poste à cause de sa rigueur.

« Sur la braise », un théâtre de vérité...
« Sur la braise », un théâtre où le corps reste le véhicule du sacré
« Sur la braise », un théâtre de deux mondes qui marchent en parallèle
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Un théâtre où le corps reste le véhicule du sacré...Des voix, des sanglots sortent du corps de Niamo qui deviennent des hurlements inhumains. Autour de lui les gens, les ragots, c'est à dire le ch½ur des habitants de Bocaville rythment la vie. Plus vite. Plus fort. Et dans l'aire de jeu, Niamo exécute. Pour s'en sortir il s'appuie sur le rite de la sagaie. Symbole de la force virile et de la participation au groupe. Les ragots vrillent et les yeux de Niamo se dilatent. Son visage se couvre de sueur. Au paroxysme de la fureur, dans une agonie foudroyante, Niamo s'abat sur le sol. Se raidit. Se cambre. Secouée. La mère de Niamo évoque les ancêtres et le ciel répond par sa présence nébuleuse qui se répand sur Niamo. Dans cette agonie rythmée par les ragots Niamo sort de là vainqueur. Il pivote la tête. Ouvre les yeux. Tente de se relever. Immobile, dans un râle voluptueux, il est guéri par l'acte théâtral. Sa mère le ranime. Essuie sa bave. Ramène pudiquement le pagne qui découvre son sexe. Les ragots se taisent. Un silence oppressant succède à cet acte dionysiaque. La lune lance ses reflets sur les êtres.
# Posté le mercredi 27 février 2008 05:26
Modifié le mercredi 27 février 2008 05:39

JOURNAL D'UN CHOMEUR A LA RETRAITE - 2

JOURNAL D'UN CHOMEUR A LA RETRAITE - 2
J'ai le cafard ce matin. J'ai le coeur à pas grand chose. Alors je joue comme la semaine passée. Je joue à compter les morts un par un. C'est pour faire passer le temps. Vous comprenez? Quekqu'un m'a dit tu sais mon petit canard si tu veux apprendre vite à compter alors vas y compte les morts. Je te jure dans deux jours tu sauras compter jusqu'à un milliard...

Alors je compte les morts. Ceux qui sont morts trop tard. Ceux qui ne voulaient pas mourir. Qui sont morts quand même. Ceux qui sont morts la mort dans l'âme. Ceux qui sont morts pour n'avoir pas assez mangé. Ceux qui sont morts sans un seul sou en poche. Ceux qui sont morts sur un lit en bambou. Ceux qui sont morts sur une femme. Ceux qui sont morts la bouche ouverte les yeux ouverts les oreilles ouvertes les mains liées. Ceux qui sont morts en pleurant leurs morts...

Bon je commence...

Oncle Zandora est mort l'an dernier. Ils ont tous accusé sa femme. Ils ont dit qu'elle a bouffé son époux à cause d'un morceau de pagne wax qu'il a refusé de lui acheter à la veille de la saint valentin. Elle a été brûlée sur la place du marché central. Sa s½ur a porté plainte. Les juges ont renvoyé l'affaire au commissaire de police. Le commissaire de police l'a renvoyé à son tour au chef du village. Le chef du village est mort de fièvre le lendemain matin...

Cousin Escobar est mort en prison il y a trois ans. Mort de colère. Son patron lui devait cinquante trois mois de paie. Il a été le voir chez lui un après midi. Le patron mangeait avec sa femme. Cousin Escobar à mis lui aussi la main dans le plat de sauce tomate. Son patron a porté plainte contre lui pour atteinte à l'appétit. Les juges l'ont écroué...

Tante Zama est morte pour la troisième fois il n'y a pas longtemps. La première fois elle s'est réveillée en pleine nuit pendant que sa s½ur et ses deux filles pleuraient sur sa dépouille en pensant aux champs de patates qu'elle prendraient en héritage. Elle s'est réveillée avec un gros rire narquois. La deuxième fois elle a défoncé son cercueil. Même les fossoyeurs n'y ont pas cru. Elle est rentrée chez elle à pieds en chantant. Mais la troisième fois quand elle a voulu sortir de son lit de mort pour s'enfuir toute sa famille a dit ah non trop c'est trop elle doit s'en aller pour de bon et pour de vrai. Depuis quatre vingt dix ans qu'elle nous emmerde !...

Paulo Zola le menuisier est mort dans un verre de vin rouge. Dans le quartier jamais on ne l'avait vu acheter une seule petite bouteille de bière. Quand il allait dans un bar c'était pour entrer dans les verres des autres. Puis on le voyait toujours ressortir complètement saoul. Mais une nuit où il faisait froid un petit vieux l'a vu s'engouffrer dans le verre d'un autre petit vieux qui somnolait dans un coin. On a arrêté la musique. On a fermé le bar. Le verre aussi. Paulo Zola est mort dedans sans avoir eu le temps de finir sa bière...

Cousine Malouma... Je baille. Je m'affale sur le tapis...C'est dur de compter les morts que je me dis en fermant les yeux
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# Posté le samedi 23 février 2008 06:06

JOURNAL D'UN CHOMEUR A LA RETRAITE - 1

JOURNAL D'UN CHOMEUR A LA RETRAITE - 1
vendredi 67 septembre. Je me réveille. Surprise. Le temps est décousu. Dans la rue les gamins se livrent à un nouveau sport : ils clouent le bec à la parole pour de bon et pour de vrai. Je me lève. J'entre dans les double V et C. Quand je reviens je trouve une phrase sur ma langue. Elle est écrite en lettres capitales. Elle n'était pas là avant. Faut dire que je prend soin de ma langue. Elle est toujours propre. Propre dans ses pensées. Propres dans ses actes. Ma langue. Alors cette phrase ? Ah ouis la phrase...La voilà: une histoire qui témoigne de nos angoisses : les notres et celles de tant d'autres de nos camarades d'infortune, croisés une nuit sur un boulevard dakarois ou dans un maquis abidjanais...

je m'arrête. C'est une longue phrase. Je ne vous dis pas. Une phrase longue de Quinze kilomètres. On a dû l'écrire d'un seul trait...Elle commence comme ceci...je vais vous conter une histoire. Une histoire qui fera jaillir comme un volcan nos plus profonds désirs et nos intimes frustrations. Qui parlera de ceux qu'on a fusillé parce qu'ils avaient une gueule pas non conventionnelle. Ceux qu'on a obligé de partir sous le soleil. Ceux qui ne pourront plus jamais rester sur place. Une histoire qui nommera les désastres de notre monde des autres...

De nouveau je m'arrête. Elle me fait marcher cette phrase écrite par je ne sais qui...Je prends deux ou trois souffles puis je me lance dans le périlleux erxercice...une histoire qui mettra des mots sur nos maux sur nos odeurs nos frayeurs nos douleurs nos sueurs froides et nos blessures : celles d'hier et celles d'aujourd'hui...des mots sans détours des mots d'un soir de fournaise à Dogondoutchi sous un baobab des mots qu'on remue comme des cauris pour leur faire dire la vérité des mots crûs et nus de ceux qui chaque soir espèrent l'instant sublime : la fin des galères, la fin des foutaises...

Les guerres et les coups d'éclat que nous avons vus naître et qui nous vus naître ont laissé ici et là des traces sur la peau de nos enfants sur ma conscience de nos cousins. Il y en a qui mettront sans doute du temps à s'effacer...d'autres par contre ne partiront jamais... punaiser des mots sur nos maux pour ne plus avoir peur de mourir les yeux clos ne plus avoir à se demander si le ciel ne va pas nous tomber sur la tête des mots qui nous inviteraient à prendre le chemin qui va droit au c½ur droit à l'âme tout au fond de nous...

J'en reviens pas. Une si longue phrase faite de mots qui me disent quelque chose qui me parle à voix feutrée...ah oui je me souviens...un soir j'ai croisé deux de mes collègues en pays Dogon et, au milieu des salutations et des questions interminables sur l'existence l'un d'eux m'a dit : la solitude et l'errance peuvent amener l'homme à la folie ou à la résignation comme elles peuvent aussi lui donner la force de tisser des liens nouveaux avec le monde alentour ainsi qu'avec lui-même...et soudain une idée: pourquoi ne pas la mettre dans un journal hein un journal de corps et de voix un journal de mots et de paroles un journal qui oscillerait entre le poème et le conte la farce et la fable entre valeur et anti-valeur affection et antipathie espoir et désespoir, humour et dérision que tout le monde pourra lire...

..un journal qui ferait apparaître à la fois les déconcertantes gaucheries de la nature humaine et les étouffantes pantalonnades des hommes de notre temps un journal mais un vrai non pas ces feuilles de choux qu'on nous donne à brouter tous les jours mais un journal qui nous donnerait à voir en gros plan le mensonge grotesque dans le quel nous vivons un journal qui pourrait susciter sait-on jamais des regards neufs sur nous et les autres...qui dit mieux?
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# Posté le samedi 23 février 2008 06:05